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Interview de Frédéric Colas pour BlogtheCom

19 07 2008
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Frédéric Colas, PDG de l'agence SixandCo (groupe FullSix) a accepté de répondre à nos questions.

Après un rapide tour d'horizon de sa carrière, l'interview s'oriente naturellement vers le marketing de l'ère digitale. On y apprend son point de vue sur les réseaux sociaux; sur l'impact du digital dans la communication des marques et comment SixandCo se positionne devant se changement manifeste. On y découvre également son opinion vis-à-vis de "l'utilisation" des blogueurs par les marques, et il introduit en fin d'interview la notion de discrimination positive dans le marketing.


La discrimination positive dans le marketing ? Késako ? En support de son interview, Frédéric Colas nous a confié un texte qu'il a rédigé; qu'il souhaitait publier et partager :

Il est souvent dit que les consommateurs changent plus vite que les marketeurs.

Le passage de l’ère du mass marketing à l’ère numérique que nous vivons en ce moment illustre parfaitement le point. Sur certains marchés impliquants comme l’automobile ou le high-tech, le processus de choix des consommateurs est de plus en plus influencé par ce qui se dit sur Internet plutôt que par les approches publicitaires et media classiques. Par exemple, internet représente en 2006 un tiers du temps consacré aux media par les consommateurs US, ce qui est une très forte augmentation depuis 2 ans. Un acheteur de voiture passe en moyenne 5 heures en se renseignant sur internet durant les deux semaines précédant son achat.


Pourtant, l’attention portée par les marketeurs à internet et le montant de leurs investissements, notamment ceux pour influencer ce qui se dit, reste très faible en proportion, puisqu’il se situe aux USA à 6% de leurs investissements media en 2006 comparé à 5% en 2005 ! Chez les acteurs de la grande consommation tels P&G, L’Oréal, Danone ou Coca-Cola, la réalité des investissements marketing sur internet reste aussi très faible malgré les annonces « visionnaires » des Top Managements, tels ceux de Procter & Gamble.

Pourquoi cela ?
Ce n’est pas la faute de la base des marketeurs, les chefs de produits. Ils font tous maintenant partie de la génération digitale et beaucoup ont compris naturellement que l’environnement marketing et consommateurs a changé et qu’ils doivent tenter des approches nouvelles. Ce n’est pas non plus que le « Top Management » n’a rien compris. Quand Jim Stengel, Chief Marketing Officer de P&G, déclare “nous devons arrêter le telling and selling” ou que le Big Boss A.G. Lafley affirme “nous devons laisser le contrôle si nous voulons continuer à être en phase avec nos consommateurs », ils s’adressent plus à leur organisation qu’au monde extérieur.

En effet, le problème est que le Middle Management, les directeurs marketing ou les directeurs généraux locaux, à qui l’on demande des résultats business court terme pour assurer la réussite de leur carrière, ne veulent pas prendre de risque pour innover. Et ils ont raison, ils ne sont pas incités à le faire. C’est même un risque, car s’ils se plantent en innovant, ils risquent de le payer très cher.

Lorsque j’étais en charge du marketing interactif de P&G aux USA, un Directeur Général m’a dit un jour qu’il devrait être viré s’il donnait un seul dollar à mon projet de publicité sur internet. De plus, à l’ère numérique, les marketeurs doivent changer d’état d’esprit et abandonner le contrôle du moindre détail comme évoqué plus haut par A.G. Lafley. Certains le comprennent intellectuellement mais ont du mal à le mettre en pratique. C’est d’autant plus difficile que cette génération a appris son métier dans l’ère du marketing de masse et se retrouve aux commandes de marques dans un environnement différent qui a changé plus vite qu’eux, et leurs certitudes sont ébranlées.

La conséquence, c’est que ces écoles, que dis-je, ces temples du marketing, ne le sont plus tant que cela. Pour apprendre le marketing de l’ère digitale qui utilise en synergie les moyens « classiques » et digitaux, mieux vaut aller chez Apple ou chez les voyagistes online.

« Que faire pour changer cela ? » se demandent en cœur à la fois les vendeurs d’espace online, les agences interactives mais aussi certains membres de ces mêmes entreprises qui veulent faire bouger les choses.

Je pense que miser uniquement sur « l’éducation et l’évangélisme » n’est pas suffisant car cela ne répond que partiellement au problème de base. En effet, il faut donner au middle management une vraie raison de s’y mettre sérieusement : impacter leur carrière.

C’est pour cela qu’il faut implanter une forme de discrimination positive au profit des marketeurs innovants. Lorsqu’un marketeur a le courage d’innover et obtient des résultats encourageants, son management devrait sérieusement l’augmenter, le promouvoir et le montrer en exemple pour inciter les autres à faire de même. Il est en effet douloureux de voir des actions de marketing ciblé avec un fort R.O.I à moyen terme être condamnées au profit d’actions promotionnelles court terme massives, ou en campagnes de pub inutiles, sous prétexte que leur résultat ne pourra pas se lire clairement dans la courbe de parts de marché !

En effet, les meilleurs marketeurs sont souvent ceux qui sont aussi capables de prendre des risques et d’innover avec succès. Car dans un monde qui évolue si vite, le risque ce n’est pas d’innover, c’est de se réveiller un jour et de se sentir complètement largué sur son propre métier. Et des marketeurs ayant 10 ans d’expérience qui se sentent dépassés par le passage à l’ère digitale, j’en vois tous les jours, ou presque. Mais c’est loin d’être irrémédiable.

Le job de SixandCo, c’est, tout en parlant le même langage qu’eux, de les aider à comprendre et à faire un marketing de l’ère digitale efficace. Pour cela, il faut combiner une expertise des consommateurs de l’ère digitale, des outils et une organisation totalement adaptés au nouvel environnement mais aussi une maitrise mature des fondamentaux du marketing.

Frédéric Colas
Président de SixandCo, passionné d’innovation marketing, désigné comme l’un des 12 « marketeurs les plus innovants» au monde par le magazine Adage en 1999.

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Posté dans Interviews
Eric Garnier

Commentaires

    1. Le samedi 19 juillet 2008 à 13:16, par PPC

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    Excellent. Y a du boulot, mais c'est passionnant.

    2. Le samedi 19 juillet 2008 à 20:16, par Romain

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    Belle interview. Ca me rappelle de belles discussions dans cette même pièce.

    Il reste que tout est plus qu'à faire, il faut rentrer dans le dur et montrer que l'implication des consommateurs est quantifiable et que le calcul de ROI associé est possible, et valable. Mais en restant planté les 2 pieds dans des startégies de "Buzz" vs. implication des consommateurs dans l'effort de la marque, on n'avancera pas. Espérons que cela change. De l'autre côté de l'atlantique, cela a déjà changé. Et depuis 12 mois... preuve que le digital n'accélère pas tout.

    3. Le dimanche 20 juillet 2008 à 20:53, par Al-Kanz

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    J'aime bien la déco :)

    4. Le lundi 21 juillet 2008 à 12:11, par Michael Boamah

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    Très intéressant. D'ailleurs, je prépare actuellement un mémoire sur le détournement des marques où je compte illustrer cette tendance de fond de prise de pouvoir des consommateurs et la réponse à apporter à celle-ci

    5. Le lundi 21 juillet 2008 à 17:34, par Nils

    Une interview très intéressante et un plaidoyer pour une discrimination positive dans le marketing bien senti...

    C'est vrai qu'aujourd'hui de nombreux facteurs d'évaluation du succès d'une opération de communication interactive sont passés à l'as. On retrouve dans les "mass marketeurs" les mêmes critères d'évaluation bien souvent réduits au CPM, au taux de clic et au nombre de visiteurs sur son site corporate...

    On oubli de reconnaître l'influence majeure de la recommandation, la visibilité sur le long terme, la perception de la marque, les discussions générés, l'influence sur les comportements d'achat (cf. par exemple l'étude Ipsos "Power of blogs in EU")...

    La remarque sur le ROI de Romain est juste mais comment comparer une impression de banner avec la recommandation d'un blogger expert influent ? Comment évaluer la valeur d'une discussion autour d'un produit sur un forum référent ? Clairement les défis (et les enjeux) sont grands et c'est sur ces points que la différence se fera à l'avenir selon moi. D'ailleurs plus "traditionnellement" va-t-on toujours pouvoir valoriser un indicateur comme le GRP en télévision ou le taux de transmission d'un magazine en presse ?

    Des bouleversements passionnants et qui n'ont pas fini de faire couler de l'encre !

    6. Le mardi 22 juillet 2008 à 12:21, par charles-antoine

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    Cet homme est aussi cohérent dans ses propos que dans ses goûts vestimentaires. J'en veux pour preuve l'unicité des couleurs de sa chemise et de la salle zen susnommée!

    7. Le mercredi 23 juillet 2008 à 20:05, par rémi

    Il est vrai que les middle managers du marketing nés dans la culture digitale devraient être plus écoutés. Mais ils doivent aussi composer avec la réalité des organisations. si des marques, des entreprises et mêmes des secteurs entiers de l'économie doivent disparaître faute de ne pas avoir intégré en temps et en heure les enjeux digitaux, ils disparaîtront. L'exemple de l'industrie phonographique en est le vivant exemple.

    8. Le vendredi 25 juillet 2008 à 01:02, par Fred

    Entierement d'accord avec rémi. Négliger le digital pour ces marques aura un impact qu'ils n'imaginent pas.

    Ce n'est plus de la science-fiction c'est du réel.

    9. Le mercredi 30 juillet 2008 à 09:23, par Virus

    beaucoup de mots dans cette article qui n'apprennent vraiment pas grand chose. Plus de la "masturbation de neurone" qu'un réel apport d'information. Le marketing sur internet est une évidence. Pour ma part la meilleurs façon de faire du marketing sur le net c'est d'ajouter des articles (avec un réel apport), participé à des forums. enfin bref du contenu. Il n'y a rien qu'a voir l'impacte que seconde life produit. + de 3000 personnes gagnent plus de 1500 euros par mois en vendent du numérique.

    10. Le mercredi 30 juillet 2008 à 10:24, par boboshe

    Le M. nous fait l'apologie du web et de la communication online.

    Rien d'étonnant pour un DG d'agence intéractive...

    Effectivement, on apprends pas grand chose.

    Je pense toujours que le web est à la ramasse face aux principaux médias que sont l'affichage/presse, la TV et la radio.

    Y a du boulot...

    11. Le lundi 17 novembre 2008 à 23:39, par phifeshaheed

    Tout le discours sur la discrimination positive c'est du pipo, dans sa boite: sixandco y'a pas un seul arabe, ni un seul noir, rien que des petits blancs de la bobocratie Parisienne!

    12. Le lundi 17 novembre 2008 à 23:40, par phifeshaheed

    "désigné comme l’un des 12 « marketeurs les plus innovants» au monde par le magazine Adage en 1999."

    ahh ouai? Mais SixandCo ne fait aucun benef, et perd de l'argent constament!


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